Rwanda, pays pauvre où le capitalisme enrichit…

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Le Minarchiste est Chartered Financial Analyst et professionnel de l’investissement, gestionnaire de portefeuilles d’actions à Montréal.

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Un adage chinois dit « quand les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim ». Si la France le vérifie, le Rwanda démontre son inverse…

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Le Rwanda est un petit pays de l’Est de l’Afrique situé tout près de l’équateur d’environ 11 millions d’habitants, dont les frontières ne touche aucun océan, ni même le lac Victoria. Malheureusement, le pays est mieux connu pour l’immonde génocide qui y a sévit en 1994.

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Il y a quelques semaines, le graphique suivant a attiré mon attention dans le magazine The Economist. Il montre la croissance économique du Rwanda (mesurée par le PIB) sur deux périodes comparativement à d’autres pays Africains qui connaissent une croissance prononcée. Le lien entre ces pays – souligné par l’article – est que leur essor n’a pas été causé par le développement minéral (pétrole ou mines).

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Ce graphique montre que le Rwanda est l’un des pays qui a connu la plus forte croissance économique entre 1995 et 2010, non-seulement en Afrique, mais aussi dans le monde. Quelles sont donc les causes de ce succès?

 

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Un peu d’histoire du Rwanda…


Le pays a obtenu son indépendance coloniale de la Belgique en 1962. Les Hutus prirent le contrôle du pays et imposèrent un régime autocratique centralisé. Le gouvernement a pris le contrôle de toutes les terres et des mesures discriminatoires furent imposées au détriment des Tutsis. Une chose qui subsista à la fin de l’ère coloniale fut le contrôle gouvernement des exportations de café. Les lois obligeaient les fermiers à cultiver le café et à le vendre au gouvernement à un prix bien inférieur au prix du marché international. Le gouvernement pouvait alors empocher le profit et le redistribuer aux fonctionnaires, politiciens et leurs « amis ». Ce système était inévitablement un foyer de corruption et d’appauvrissement pour les Rwandais. En fait, les revenus du café pillés par le gouvernement étaient utilisé pour acheter le maintient de la dictature.

Vers la fin des années 1980s, le prix mondial du café s’écroula sur les marchés internationaux. L’Accord International sur le Café fut aboli, ce qui eu comme effet de réduire drastiquement les revenus du gouvernement Rwandais. Cet accord n’était rien d’autre qu’un cartel entre les pays producteur visant à coordonner un système de quotas, restreignant les exportations de manière à maintenir le prix plus élevé (même principe que l’OPEP). N’ayant plus accès à autant de revenus pour maintenir son hégémonie, le gouvernement diminua le prix payé aux fermiers de manière à maintenir ses profits, ce qui engendra beaucoup de ressentiment au sein de la population. Le gouvernement Hutu jeta alors le blâme sur les Tutsis comme cause des problèmes économiques du pays, faisant appel à une forme de nationalisme ethnique (un peu comme Hitler l’a fait avec les Juifs pour mobiliser le peuple derrière lui).

En 1990, les rebelles Tutsis ont tenté de profiter des problèmes économiques pour prendre le contrôle du pays, mais sans succès. Cependant, le Président de la dictature Hutu accepta de conclure un accord avec les Tutsis, mais suite à l’assassinat du Président, les Hutus ne souhaitaient pas que cet accord soit ratiffié. Ainsi, la guerre civile éclata en 1993, menant au génocide de 1994. Environ un million de gens furent tués et 2 millions quittèrent le pays. La démocratie revint au pays en 2003, lors de l’élection de Paul Kagame, représentant du RPF (Tutsi).

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(Voir ce document pour plus de détails.)

Des réformes libérales au Rwanda?

Entre 1961 et 1990, l’économie rwandaise était quasi-communiste, centralement planifiée, très protectionniste et avec un régime de change fixe. En 1990, le tarif d’importation moyen était de 34.8%.

Dès 1995, un certain nombre de réformes de libéralisation commencèrent à être mises en place. Le tarif moyen diminua à 18%, beaucoup d’entreprises d’état furent privatisées, incluant les banques, et la devise devint flottante sur le marché. Plus important, le commerce du café et l’agriculture en général furent passablement libéralisés. Le processus de création d’entreprise fut simplifié. En 2003, des réformes furent entamées pour permettre la propriété privée des terres, lesquelles menèrent à une nouvelle loi en 2005. Cette loi est loin d’être parfaite, mais elle a comme impact de mieux définir et protéger les droits de propriétés.

Depuis 2008, il ne faut que deux procédures pour démarrer une entreprise. En fait, selon le World Economic Forum, le Rwanda est devenu le 8e pays où il est le plus facile de faire des affaires (les États-Unis sont au 13e rang)! De plus, en 2010, le Rwanda a démarré une « zone économique spéciale » à Kigali, pour copier la recette gagnante de certains pays asiatiques et attirer des investissements étrangers.

(Voir ce document pour plus de détails.)

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Quels résultats au Rwanda?

La réforme de l’industrie du café a été très bénéfique, permettant aux fermiers d’améliorer leurs revenus et leur niveau de vie. De nos jours, environ 430,000 familles produisent du café au Rwanda. La productivité du secteur agricole est en hausse grâce à des investissements en capital. La propriété privée des terres donnent un incitatif à investir et innover.

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Les exportations commencèrent à se diversifier dans des produits à valeur-ajoutée supérieure (comme les produits d’horticulture et les cafés spécialisés). Par ailleurs, le développement non-agricole s’est mis en branle, mené par des micro-entreprises.

Les réformes ont eu comme impact d’attirer des capitaux étrangers, ce qui amplifie le développement économique du pays. Des multinationales comme Starbucks, Google, Costo et Macy’s sont entrées au pays, créant des emplois de meilleure qualité que sur les fermes. De nouveaux acheteurs de café se sont présentés, incluant Green Mountain Coffee du Vermont, qui fournit notamment les restaurant McDonald’s. Un nouvel hôtel Marriott 5 étoiles a aussi ouvert ses portes à Kigali, ce qui aidera l’industrie du tourisme. La coréenne KT Corp va investir au pays pour déployer un réseau internet 4G.

La pauvreté a diminué de 57% en 2006 à 44.9% en 2010, ce qui représente environ un million de personnes, et la réduction de pauvreté serait probablement encore plus notoire si on avait les chiffres comparatifs pour 1990. Le taux de mortalité infantile est maintenant le tiers de ce qu’il était en 1990. L’Indice de Développement Humain (HDI) a presque doublé depuis 1990, alors que le Rwanda est le pays du monde qui a connu la plus forte augmentation de son HDI entre 2000 et 2010.

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Comme partout, des choses restent à améliorer au Rwanda

Malgré les réformes, le Rwanda a encore beaucoup de chemin à faire pour devenir un pays développé. Le gouvernement kleptocratique pré-génocide a dilapidé énormément de capital productif en pots-de-vin plutôt que de le laisser dans les poches des citoyens pour qu’ils épargnent et investissent en éducation et en infrastructures.
Voyager de Kigali à la côte africaine est toute une aventure, nécessitant de nombreux pot-de-vin au travers des 36 barrages routiers maintenus par des « pilleurs en uniforme ». Les coûts de transports devraient baisser, ce qui permettrait aux fermiers de dégager davantage de revenus pour investir dans leurs opérations et ainsi augmenter leur productivité. Le réseau électrique devrait aussi être amélioré. Les prix sont élevés et le système est instable en raison du sous-investissement dans les infrastructures. Le secteur privé pourrait très bien jouer un rôle important à cet égard en finançant les investissements nécessaires au développement des transports et de l’électricité.

L’autre chose à améliorer est l’éducation et la formation de main d’oeuvre spécialisée. La flexibilité du marché du travail pourrait aussi être améliorée car il en coûte encore trois fois le revenu annuel moyen pour renvoyer un travailleur. Par ailleurs, les augmentations du salaire minimum ont excédé la croissance de la productivité, ce qui met de la pression sur le fragile essor entrepreneurial du pays.

Finalement, le gouvernement devra graduellement se sevrer de l’aide étrangère qui représente presque 20% du budget gouvernemental.

Le cercle vertueux du développement est enclenché…

Bien qu’il ait encore beaucoup de chemin à faire avant d’être un pays développé, le Rwanda est sur la bonne voie d’entrer dans le cercle vertueux du développement capitaliste.

D’abord, le pays a délaissé le socialisme pour voguer graduellement vers le capitalisme. Cela signifie le renforcement de la protection des droits de propriété et l’élargissement de la liberté d’entreprendre et de commercer. Ces simples réformes ont mené à une augmentation de l’investissement et de l’innovation qui ont permis au secteur de l’agriculture d’améliorer sa productivité. Cela permet d’améliorer les revenus des fermiers et de libérer des travailleurs pour diversifier la nature de l’activité économique. En même temps, l’environnement plus libéral attire des capitaux étrangers qui viennent financer l’investissement dans les secteurs manufacturiers, touristiques et miniers, créant des emplois de meilleure qualité que sur les fermes. La richesse ainsi créée permet l’essor de l’épargne, laquelle sert à la création d’une multitude de petites entreprises locales desservant les besoins de tous ces gens qui sortent de la pauvreté; surtout au niveau des services. Cette richesse favorise aussi l’investissement en infrastructures et en éducation, ce qui met la table pour la prochaine étape du développement; c’est-à-dire le développement d’industries à plus forte valeur ajoutée.

Est-ce que le Rwanda restera sur la route du capitalisme et continuera à permettre à sa population d’émerger de la pauvreté? Espérons le!
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