Les leçons que nous pouvons tirer de l’évolution grecque

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Longtemps éditeur, chroniqueur sur Radio Courtoisie, membre fondateur de Lumière 101, fondateur ou initiateur de plusieurs mouvements politiques de droite, Jean-Gilles Malliarakis s'est orienté maintenant vers une analyse et une réflexion approfondie des mécanismes libéraux au service des Nations. Il a écrit plusieurs ouvrages dont "Pour une libération fiscale" que vous pouvez trouver à la librairie en ligne de "MaVieMonArgent"

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L’évolution de la Grèce qui commence à rembourser ses dettes et la structure de son gouvernement qui ressemble à celle de l’Allemagne méritent notre attention…

« Pour un Européen qui réfléchit, il n’est plus possible de se réjouir avec une malice machiavélique de l’infortune du voisin ; tous sont unis pour le meilleur et pour le pire. »Robert Schuman.  (1)⇓

 

Depuis maintenant plusieurs années je m’efforce de suivre, de comprendre, d’archiver les évolutions de cette crise. J’épargne à mes lecteurs les détails des incertitudes et les affres qu’elle recèle depuis 2009. Je préfère leur communiquer ce qui me semble les leçons valables pour chacun de nos pays, sans références aux spécificités locales, ouzo, rebetiko, folklore, etc.

En effet, si, d’emblée certains médiats en France comme dans d’autres pays, se sont employés, pour des raisons parfois différentes, à noircir le tableau, il ne faut y voir un effet ni du hasard, ni de la méchanceté, ni de quelque estrangement remontant au Moyen âge européen et à l’apogée byzantine.

On a fait croire aux Français, par exemple, que les Grecs ne payaient pas d’impôts afin de nous persuader qu’il fallait accepter sans broncher encore plus de fiscalisme, d’étatisme et de redistribution, alors que l’économie française travaille déjà à 57 % pour financer la gabegie publique.

On a révélé aux Français que les armateurs résidant à Londres n’acquittaient pas d’impôts à Athènes. Il s’agissait à usage interne de justifier la gesticulation absurde contre l’émigration fiscale et sociale. Envieuse et contre-productive, cette campagne confond les causes et les conséquences. Les Français fortunés ne quittent pas leur pays de gaîté de cœur, ils ne se précipitent pas vers des paradis bancaires, ils fuient l’enfer administratif et collectiviste jacobin.

Autrement dit, toute observation objective de la crise des États de l’Europe du sud membres de l’euro tend à nous ramener à la situation de la France.

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Or, ni l’Italie, ni la Grèce, ni le Portugal, ni même l’Espagne – dont les dirigeants s’emploient cependant par tempérament national à parler un peu « comme si » la loi de la pesanteur fonctionnait différemment sous le noble ciel de Castille – aucun de ces pays ne feint d’ignorer les faits. Le gouvernement de Paris, au contraire, s’est installé dans le déni. Le petit cochon rose s’ébroue dans sa boue. On a beaucoup reproché à The Economist de l’avoir souligné par sa couverture, le « Déjeuner sur l’herbe », à la veille des élections présidentielles de 2012. Or l’Angleterre et l’Irlande qui ont pris, leurs problèmes à bras le corps commencent à voir le bout du tunnel. L’Hexagone est au contraire en train d’y pénétrer, d’y stagner, d’y patauger.

En ce moment que se passe-t-il en Grèce ?

Le gouvernement de coalition, issu des élections si périlleuses du printemps 2012, dirigé par Antonis Samaras, commence à engranger les résultats de 15 mois d’efforts soutenus et de coopération, pas toujours facile, avec les représentants de ses bailleurs de fonds.

Le budget de l’État dégage désormais des excédents primaires, c’est-à-dire qu’il commence à rembourser les dettes résultant des gestions antérieures.

Soulignons que cela s’accomplit au prix d’une fiscalité très lourde : 13 % de TVA sur l’alimentation, contre 5,5 % en France, et un taux normal de 23 %. Aucun magasin ne vous laisse sortir sans votre reçu légal. Les taxes immobilières sont révisées, alourdies et rationalisées, etc.

Aujourd’hui, préparant la loi de finances pour 2014, il se propose de partager les marges existantes entre l’amortissement de ses emprunts, la relance de l’économie et certains efforts ponctuels en faveur des détresses sociales.

De la sorte, il est entré dans une nouvelle phase de négociations, extrêmement tendues avec la fameuse « troïka ».

Or, c’est bien là que, pour d’évidentes raisons les discussions achoppent avec les représentants du FMI et de l’Eurozone, eux-mêmes en désaccord.

Le 18 octobre on disposait des déclarations du ministre des Finances Yannis Stournaras soulignant qu’en tout état de cause, il ne pouvait « accepter qu’on dévalue les efforts du pays ».

Le 20 octobre le Premier ministre Antonis Samaras montait au créneau sur un ton inhabituel dans deux entretiens aux éditions dominicales de « Ethnos » et de« Kathimerini ». Observant la géométrie variable des nouvelles pressions que l’on cherche à exercer à son encontre, le gouvernement grec s’apprête à dire « un double non » aux exigences inacceptables de la fameuse « troïka ». On notera que les trois technocrates projettent de revenir le 28 octobre, jour parfaitement symbolique, fête nationale et anniversaire de l’ultimatum de Mussolini du 28 octobre 1940… Bref, il fait remarquer que son pays a tenu ses engagements, qu’il a accompli un effort budgétaire égal à 19 % de son déficit en quatre ans, que son déficit 2014 sera réduit à 0,7 milliards [France= « environ 80 milliards, 120 fois plus »].  (2)⇓, et que ses partenaires de la zone euro doivent maintenant tenir les leurs.

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On ne peut prévoir bien sûr les conclusions de ces pourparlers. Les financiers ont toujours tendance à en demander plus à leurs interlocuteurs. Mais déjà le FMI de Mme Lagarde a commencé à reculer, à démentir, à se défausser de ses responsabilités, à désavouer les pressions qu’on lui attribue. On ne prête qu’aux riches.

La formation du nouveau gouvernement de coalition en Allemagne pourrait lancer un nouveau signal. Le hasard fait qu’il sera composé selon la même clef de répartition : à Berlin comme à Athènes 2/3 de conservateurs plus ou moins libéraux ; 1/3 de sociaux-démocrates.

Désormais allié d’Angela Merkel, le chef du SPD Sigmar Gabriel n’a-t-il pas annoncé :« n’oublions pas que l’Europe n’est pas un fardeau pour l’Allemagne, ni un poids pesant sur nos épaules, bien au contraire. Notre avenir économique dépend de l’avenir de l’Europe. Nous n’aidons pas simplement les autres pays parce que nous sommes des gens bien, parce que nous voulons soulager nos consciences et être gentils. Nous les aidons aussi parce que cela sert nos propres intérêts. Nous devons stabiliser l’Europe, sinon, le chômage et les difficultés de la croissance se propageront à notre pays. »  (3)⇓

Ainsi plusieurs leçons à usage général se dégagent de cette expérience, douloureuse et humiliante pour ce pays et ceux qui lui sont attachés. Tout d’abord chaque nation peut se relever à condition que ses gouvernements aient la force de caractère de voir les choses en face. D’autre part, certes, on doit tout faire pour dépendre le moins possible de la finance internationale. Ceci rendra nécessaire dans l’avenir de tendre vers le moins de démagogie possible, vers le moins de gaspillage possible, vers des budgets en équilibre, en renonçant de manière définitive aux fausses doctrines du keynésianisme et du contructivisme. Redécouvrir Bastiat… retrouver Hayek… s’inspirer de Thatcher…

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