Il y a le feu en Catalogne! Mais… (suite)

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

Quelque chose qui ressemble à de la panique s’empare des instances espagnoles et risque de se propager aux autres pays européens. Hier soir, Mardi 24 juillet, de manière impromptue, le ministre des Finances espagnol, Luis De Guindos, a rencontré son homologue allemand, Wolf­gang Schäuble. Ensemble, ils ont fait état d’un appel à une mise en place rapide des décisions annoncées lors du dernier sommet européen, tout particulièrement sur la question de l’union bancaire. Couac! Aussitôt informé, le gouvernement italien a exprimé «sa stupeur» à propos d’un «prétendu» (sic) communiqué commun signé par l’Espagne, l’Italie et la France, exigeant l’application immédiate des accords du sommet européen de fin juin. Dans la foulée, la France a, elle aussi, affirmé ne pas l’avoir signé. Tout cela sent l’improvisation et l’amateurisme ou, tout simplement, est révélateur d’un vent de panique qui commence à souffler sur la péninsule ibérique. Or, quand il y a le feu, le vent attise les flammes et propage l’incendie. Rien de bon.

Aujourd’hui, le ministre espagnol est à Paris pour rencontrer P. Moscovici. Mais que peut la France?

Présenté lors de son adoption comme une victoire des pays du sud soutenus par la France, le plan d’aide aux banques espagnoles est conçu pour permettre aux banques espagnoles en difficulté de se recapitaliser sans alourdir la charge de la dette publique ibérique, à condition et à condition seulement que l’économie du pays ne sombre pas et que les dépenses de l’Etat seront drastiquement réduites. Or l’appel à l’aide des régions que nous évoquions dans l’article d’hier laisse craindre que la paralysie bancaire soit en train de déboucher sur une récession généralisée, sur fond de situation sociale explosive avec un taux de chômage proche de 25%. Ajoutez à cela que le retour de fiesta risque d’être rude. L’été est la meilleure saison pour l’Espagne, pays très touristique. Mais dès les playas vidées, il va falloir que Madrid trouve la bagatelle de 28 milliards pour faire face aux obligations arrivées à maturité. Les réemprunter sur les marchés, au vu de l’envolée actuelle des taux, serait suicidaire. Pas d’autres solutions que de faire appel aux fonds de secours européens sur le marché obligataire, comme le permettent leurs statuts et comme l’ont approuvé les chefs d’Etat ou de gouvernement de la zone euro les 28 et 29 juin.

C’est la raison pour laquelle Madrid réclame depuis des semaines une intervention de la BCE sur son marché obligataire. Mais Francfort refuse de reprendre ses programmes d’achat de dette sur le marché secondaire, son bilan est déjà le plus pourri du monde et aggraver la situation avec de la dette espagnole risquerait de compromettre irrémédiablement l’institution. Madrid demande alors que le plan B soit mis en route (c’est le sens du vrai faux communiqué d’hier soir). Le plan B, c’est l’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF), sur mandat, et après accord, de la BCE.

Le problème, c’est que des achats temporaires de dette publique ne calmeront pas la situation si l’Italie reste sous pression. Il faudrait, pour cela, que le FESF, tel le Canadair moyen, arrose ET les marchés obligataires espagnols ET les marchés obligataires italien… Il n’en a pas les moyens. Le MES, qui devait prendre le relais, est en panne au moins jusqu’au 12 septembre. Au moins, parce que vu comment les choses tournent et les montants nécessaires, il est de moins en moins sûr, plus le temps avance, que tous les pays européens se sentent pousser des auréoles de vertu et accourent pour se rendre solidaires des dettes du « sud »… Alors? Alors, à défaut de Canadair, le gouvernement espagnol espère qu’un arrosoir peut suffire et réclame à cor et à cri le déblocage des fonds pour ses banques. Son espoir: que les banques espagnoles, refinancées, lâchent du lest en matière de crédit pour redonner de l’oxygène à l’économie. Nous savons tous que de l’oxygène à crédit, une fois grillé, peut vite devenir monoxyde de carbone, mais, bon, l’antienne « …encore une minute, juste une minute, Monsieur le bourreau… » est sans conteste élue « tube de l’été 2012 » sur toute la côte nord de la Méditerranée!

Que faut il, exactement, pour sauver l’Espagne? Au bas mot, 500 à 600 milliards d’euros pour éviter d’emprunter à des taux prohibitifs jusqu’en 2015. Une bagatelle que personne ne peut ou ne veut aligner. Comme nous l’évoquions plus haut, cela dépasse de loin les possibilités du FESF et rien ne dit que le MES sera vraiment opérationnel pour prendre le relais. Surtout, les dirigeants européens commencent à se rendre compte qu’une fois l’Espagne sauvée viendra le tour de l’Italie avec des montants encore supérieurs, puis, tel le jeu de dominos que j’évoquais dès 2008, viendra le tour de la France. C’est l’explosion assurée de la zone Euro. Certains commencent à poser ouvertement la question. Puisqu’il semble irrémédiable d’en arriver là, pourquoi ne pas « gérer » la fin de la zone Euro telle que nous la connaissons plutôt que de la subir?

En attendant, très prosaïquement, le gouvernement espagnol doit trouver une solution à très court terme. Même si les européens décident de sauver l’Espagne, cela se fera au prix de conditions que nous connaissons pour les avoir vues à l’oeuvre en Grèce, en Irlande, au Portugal. Mise sous tutelle de l’Espagne, intervention du FMI, réformes sociales, diminutions des retraites et des salaires… Mariano Rajoy ne veut pas de tout cela. Il sait qu’un tour de vis d’austérité supplémentaire mettrait plusieurs millions d’Espagnols sur le carreau, provoquerait une paupérisation folle de son pays, compromettrait tout espoir de relance. C’est à un vrai choix de société auquel il est confronté. Espérer obtenir l’aide des pays européens au prix de l’indépendance nationale ou, quitte à en faire baver à son peuple, conserver son indépendance et mener sa propre politique…

Mariano Rajoy, pas plus que les dirigeants grecs, n’est encore près à regarder cette alternative en face. Il espère négocier, il pense finasser, imagine pouvoir obtenir l’argent sans vraiment faire de concessions. Il se trompe et il trompe ses concitoyens. Comme lors du dernier sommet, il croit pouvoir jouer avec des gens qui ont des atouts en main et sont en position de force. En réalité, il perd du temps et réduit encore les chance de l’Espagne de s’en sortir.  Alors, il y a le FMI. Sauf que le FMI, lorsqu’il s’agit d’un pays de la zone Euro, a pour politique de n’intervenir que de concert avec celle ci et reste sourd aux appels de Madrid, tout en se déclarant prêt à intervenir dans le cadre d’un accord de type « Troïka ». Et voilà nos Espagnols revenus à cas départ.

« Passe passe le temps, il n’y en a plus pour très longtemps….. »

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