Patrimoine et instabilité

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

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Vers de graves troubles sociaux?

Quelques mouvements sociaux, y compris dans des entreprises privées comme Carrefour, se font jour avec comme unique revendication les augmentations de salaires. Ce n’est que le début d’un mouvement qui risque de s’amplifier car la perte du pouvoir d’achat est la seule donnée sur laquelle l’ensemble des catégories sociales est unanime. Or nous savons qu’aucun mouvement de masse ne peut espérer prendre de l’ampleur sans le soutien, ou tout au moins la neutralité, de la classe moyenne et de la petite bourgeoisie. Aujourd’hui, la France est au bord de cette situation.

Le calcul de l’inflation versus INSEE ne colle plus avec le « ressenti » des ménages. Même si l’institut de la statistique reconnaît une augmentation des salaires de 0,2% inférieure à l’augmentation des prix, sa méthode calcul est, depuis déjà plusieurs mois, mis en défaut:

En effet, les hausses de prix alourdissent d’abord les dépenses contraintes des ménages notamment les loyers, l’électricité, le gaz, l’essence ou le fioul. Or ces dépenses pèsent évidemment lourd dans le budget des petits salaires (48%). Ajoutez à cela l’augmentation substantielle du coût, direct ou indirect, de la santé, de la fiscalité, l’augmentation du coût des études des enfants, l’augmentation des assurances, l’augmentation des frais indirects liés à l’automobile, et maintenant (+0,8% en mars!) l’augmentation de l’alimentation… C’est l’ensemble des dépenses contraintes qui aura cette année progressé plus vite que la moyenne du coût de la vie, beaucoup plus vite que la revalorisation des revenus. Clairement, il ne reste pratiquement rien à consommer et dépenser de « superflu » pour plus de la moitié des ménages français.

Les perspectives? Elles ne sont clairement pas favorables. Les prix de l’énergie, de toutes les énergies y compris l’électricité, vont continuer de s’accroitre de 5 à 8% par an et avec eux, derrière eux, c’est l’augmentation de tous les produits transportés ou dérivés.

Le gouvernement est pris dans un étau. Que faire?

  • Rien. Cette hypothèse, préconisée par les économistes libéraux, est une bombe. En effet, les Français supportent mal d’être les plus taxés et les plus imposés du monde mais ne font que grogner tant qu’ils ont l’impression que tout cet argent reversé leur assure une protection de l’État. S’ils doivent ET payer ET ne plus être protégés, ils n’hésiteront pas à « bouger ». De plus, n’oublions pas que nous sommes en période pré-électorale et que le Président sortant, qui compte se représenter, avait fait du pouvoir d’achat son leitmotiv. Si le gouvernement, de manière autoritaire, n’intervient pas, ne comptons pas sur les employeurs pour le faire; la France est littéralement plombée par un coût de main d’œuvre prohibitif et toute augmentation accordée, si minime soit elle, entraîne un coût de plus de son double pour l’entreprise avec les conséquences de perte de compétitivité, de délocalisation ou de fermeture. Ce coût de main d’œuvre, nous l’évoquons régulièrement dans ces colonnes, n’est absolument pas perçu par les salariés comme élevé; c’est bien normal, lorsqu’ils comparent leur net versé à ce que touchent les autres européens, ils ne se sentent pas privilégiés. Qui a pris le temps de leur expliquer que lorsqu’il touchent 12000€ dans l’année, il en a coûté plus de 24 000€ à l’entreprise qui a du les amortir sur 45 semaines ?Alors? Ne rien faire, laisser le marché réguler, diminuer de manière indiscriminée le coût de l’État, bref opter pour une attitude comptable? Cette attitude, idéologique, a toutes les chances d’aboutir à de graves troubles sociaux et une impasse politique pour les élections de 2012. Il y a peu de chances que le gouvernement choisisse cette option.
  • Politique dirigiste. Dans la veine de ce que le PS a fait dans le passé ou de ce que font un certain nombre de partis sociaux démocrates (quoi que, les conséquences de leur politique les mettant au pied du mur, nous les voyons, les uns après les autres, abandonner le pouvoir, laissant à d’autres le soin de gérer le chaos; Grèce, Portugal, Espagne… ou totalement abandonner cette politique; Allemagne…), décréter une augmentation du smic, porter les minimum sociaux au double de ce qu’ils sont, rétablir les ateliers nationaux, les emplois subventionnés (jeunes, seniors, handicapés, solidaires, spécial textile, spécial sidérurgie, insertion, ré-insertion, post-insertion, pré-retraite, stages de remise à niveau, TIC, TAC, TUC etc…etc…) embaucher des professeurs, du personnel des hôpitaux, des policiers, des assistantes sociales, subventionner à coups de millions les associations d’entraide et de soutien afin de « permettre à l’économie sociale de créer des emplois non marchands de solidarité nationale »…. Bref, faire du Rocard sans Rocard et cacher la misère sous un replâtrage qui tiendra ce qu’il tiendra… le temps d’une élection. Comment financer cela? Oh! facile, un petit peu de taxation des riches (qui ne sont plus là), pour la galerie, transfert de liquidités existant dans les caisse de la CDC ou d’autres structures comme cela s’est fait si souvent, quelques ventes d’actifs patrimoniaux à des amis, liquidation des actions restantes chez Renault, EDF, GDF etc… et… la planche à billets nouvelle version, c’est à dire émission de titres achetés par la BCE. Après tout, on l’a fait pour sauver les banques, pourquoi ne le ferions nous pas pour sauver les Français? Cette politique serait suicidaire. Si la France est aujourd’hui dans la situation que nous connaissons, c’est justement parce que pendant trop longtemps nos dirigeants n’ont fait que gérer le quotidien sans jamais prendre en compte les conséquences à terme de leurs décisions. « Après moi le déluge »fut la devise de nos hommes politiques. Lorsque les dernières réserves (actions, liquidités, patrimoine) seront mangées, il n’y aura plus rien pour continuer à subvenir aux besoins de cette économie artificielle. Seules resteront les dettes. Nos dirigeants actuels, quels que soient leurs défauts, même s’ils n’arrivent pas à raisonner au-delà de ce que leur a inculqué l’ENA, ne replongeront pas dans cette ornière. Les plus intelligents parce qu’ils savent que c’est la plus mauvaise option, les moins perspicaces parce qu’ils refusent, pour des raisons politiciennes, de s’aligner sur le programme du PS.
  • Jouer la montre. C’est, selon toute apparence, l’option choisie. Il faut temporiser afin de permettre à l’équipe qui sortira des urnes de faire la réforme ou la révolution nécessaire avec « du temps » devant soi. Alors on ne change rien de fondamental (exemple la « réformette » fiscale), on ne prend aucune décision à caractère définitif (pas d’augmentation du pouvoir d’achat du smic) et on multiplie les effets d’annonce à caractère social (un PTZ qui concerne trois fois moins de familles que l’ancienune taxe sur les pétroliers qui ne servira à quasiment personne; un « panier des essentiels » qui s’avère n’être qu’une dépense de communication supplémentaire; uneprime de 1000€ inapplicable et qui ne servira qu’à creuser encore un petit peu plus l’écart entre les Français qui travaillent dans les grands groupes et ceux qui travaillent dans les PME) le tout agrémenté d’un discours démagogique sur les vilains riches qui se domicilient à l’étranger (tant pis si on en a invité plusieurs au Fouquet’s le soir de son élection (ex: Johnny ou F. Pinault), si on en met plusieurs en exergue de la « diversité » (ex: Debouze ou Aznavour), si on en décore certains de la légion d’honneur (si, si, ex: Dany Boon) ou encore si on partage leur vie (M. Laroque), tant pis enfin si la taxe annoncée est fort probablement inapplicable...), il faut tenir, il faut que ça tienne! Pas de vague avant 2012, pas de réforme en profondeur avant 2012, pas d’engagements qui plomberaient un petit peu plus la situation de la France et la précipiterait dans le cycle infernal que connaissent déjà plusieurs pays européen. Accessoirement, on occupe le bon peuple avec les succès brillants de notre armée, bras séculier de la démocratie mondiale et de la lutte contre les tyrans.
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Quelles conclusions tirer de cette rapide analyse?

Tout d’abord que nous sommes plus que jamais dans une période d’incertitude fiscale et patrimoniale. Tout ce qui est décidé aujourd’hui n’a qu’une vocation temporaire et sera chamboulé, voire démoli demain. A la lumière de la loi TEPA et de ce qu’il en reste, nous pouvons dire que tout est permis. Les fondamentaux ne seront pas respectés. Tôt ou tard, la fiscalité sur l’assurance vie sera relevée. Tant pis pour la règle de non rétroactivité, tant pis pour la nécessaire épargne en vue de la retraite. Tôt ou tard, le projet fou d’imposition des plus values latentes verra le jour. Vous ne serez plus taxé sur la valeur à terme de vos avoirs, mais, chaque année sur leur valeur supposée… par les services fiscaux! Rassurez vous, si vous êtes en moins value, vous aurez un « à valoir » auprès du Trésor, génial, non? Des projets touchant le patrimoine professionnel circulent, l’imposition au régime général de la plus value réalisée sur la vente de votre résidence principale ne va pas tarder non plus… Il n’y a guère que l’art qui ne se voit pas menacé. Il faut dire que tous nos dirigeants sont de grands collectionneurs, y compris « le meilleur candidat de la gauche » dont l’épouse possède une authentique fortune en tableaux de maîtres (curieusement pas conservés en France). Oui, l’art semble pour l’instant à l’abri des fluctuations politiques.

Ensuite que personne n’a encore présenté d’authentique projet en matières économique, fiscale et patrimoniale. Le FN a un joli catalogue incantatoire, le PS sort, comme à chaque élection, un programme qui ne sera pas celui du candidat, le PCF veut tout nationaliser et les autres ont commandé leurs études aux instituts de sondage. Il est pourtant capital, dans une démocratie, que les candidats présentent clairement ce qu’ils ambitionnent de réaliser. Pour la France, pour le respect des électeurs, et, accessoirement, pour savoir comment gérer son patrimoine. Si nos politiques ont pris l’habitude de gérer la France au jour le jour, les Français, eux, gèrent leur patrimoine en pensant à leur avenir, leurs enfants, leur retraite, leur succession, et tout cela ne s’improvise pas. Il leur faut savoir sur quel pied danser.

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Enfin que ce manque total de visibilité, et cette politique au jour le jour entraînent une instabilité sociale peut propice aux investissements. Il est fort à craindre que le nombre de Français qui sortent leur patrimoine de l’hexagone ne se maintienne, ce phénomène touchant désormais des patrimoines de moins en moins importants. Il est fort à craindre « qu’en attendant » les français qui épargnent ou qui disposent d’un patrimoine ne se portent plutôt vers des placements dormants que vers des investissements productifs. Tout le contraire de ce qui aiderait la France à sortir de sa situation.

Merci à Konk:

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