Les Vrais chiffres du chômage en France

The following two tabs change content below.
Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

Tous les pays du monde truquent leurs chiffres du chômage. Il y a deux mois, Olivier Delamarche en a fait la démonstration pour les USA d’une manière ahurissante. Vous pouvez retrouver la video sur MVMA-TV .

En France, les journalistes nous montrent sans cesse les horribles statistiques de l’Espagne, de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Italie, nous expliquent même que bon nombre de travailleurs allemands ont une situation de quasi précarité… Tout cela pour laisser entendre que la France serait un havre de calme et de bonheur avec des « chiffres du chômage » sommes toutes meilleurs que nos partenaires européens et une protection sociale qui assurerait au non travailleur des conditions qui feraient de lui un privilégié au regard de ses homologues du continent.

La protection sociale coûte très cher à la Nation, ça c’est sûr. La « machine » Pôle Emploi coûte très cher à la Nation, ça c’est sûr. Le système de cotisation chômage coûte très cher à la Nation, c’est sûr aussi. Mais tous ces coûts permettent ils au moins une situation vraiment meilleure que celle de nos voisin.  Dans ce premier article, examinons la situation réelle du non-emploi en France.

Arrêtons nous dans un premier temps sur les chiffres officiels, fournis par la DARES

 

Faisons déjà le point sur les radiations des listes de Pôle Emploi  :

Il y eut 486 300 sorties des listes de Pôle Emploi en avril 2012. Super, Pôle Emploi serait donc efficace…

Pas d’affolement, le « vrai » chiffre des reprises d’emploi déclarées est de 97 900, soit 21,1 % des sorties des listes, et encore, retrouve-t-on parmi eux les contrats aidés, les CDD, les emplois saisonniers etc …

Bien sûr, nous devons décompter les arrêts maladie, les maternités etc : Cela représente 32 600 cas, soit 7 % des sorties.

Bon, un certain nombre de demandeurs d’emploi ont trouvé… Un stage, pas toujours de « formation », mais, enfin, ils sont « casés »: 33 200 stagiaires qui représentent 7.1% des sorties de listes.

Nous avons fait le tour les sorties pour causes « normales ». Ce qui veut dire que….. 64.8% des sorties de listes de Pôle Emploi ne sont pas des sorties « normales »!!! Quelles sont elles?

– Défauts d’Actualisation (ceux qui, parce qu’ils ne sont pas indemnisés, ne voient plus l’intérêt de s’inscrire à un organisme qui ne répond pas à leur attente et les a déçus.): 201 400, soit 43,4 % des sorties des listes. (+ 12,8% en 1 mois)
– Radiations Administratives (ceux qui en ont marre de faire quatre fois le tour de leur département pour des postes déjà pourvus, juste histoire de faire tamponner leur papier et qui décident soit de le tamponner eux même, soit de ne plus se déplacer) : 48 600, soit 10,5 % des sorties (+ 13,3% en 1 mois )
– Autres Cas ( DCD, suicidés, taulards…) : 50 800 , soit 10,9 % des sorties.

Conclusion: 78.8% des sorties de listes ne sont pas consécutives à une reprise d’emploi

Regardons maintenant de plus près qui sont les demandeurs d’emploi:

1- Par catégorie:

A (actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi) : 2 888 800 ( + 7,5% sur 1 an )
B (actes positifs de recherche d’emploi, en activité réduite courte): 575 500  ( +5,6% sur 1 an )
C  (actes positifs de recherche d’emploi, en activité réduite longue): 854 200  ( +4,1% sur 1 an )
D (sans actes positifs de recherche d’emploi, sans emploi): 238 100  ( +1,3% sur 1 an )
E (sans actes positifs de recherche d’emploi, en emploi): 369 200  ( +5,3% sur 1 an )

Conclusion: C’est la catégorie A de ceux qui « jouent le jeu » mais ne trouvent pas d’emploi qui a le plus cru

2- Par sexe (catégories A, B, C):

Hommes: 2 123 100 (+6.4% sur un an)
Femmes: 2 195 400 (+6.7% sur un an)

Conclusion: Contrairement au discours commun, la parité est assez bien respectée. Le chômage des hommes a tendance à s’accroître plus vite que celui des femmes dans la catégorie A de ceux qui « jouent le jeu » mais ne trouvent rien.

3- Par âge (catégories A, B, C):

Moins de 25 ans: 644 900 (+4.3% sur un an)
Entre 25 et 49 ans: 2 782 300 (+4.7% sur un an)
50 ans et plus: 891 300 (+14.5% sur un an)

Conclusion: Contrairement au discours commun, le « chômage des jeunes » n’est pas celui qui se développe le plus. Au contraire, celui des plus de 50 ans se développe trois fois plus vite.

TOTAL : Les chiffres officiels de Pôle Emploi nous annoncent 4 925 800 sans emploi, hors DOM TOM, soit une progression de + 6,2 % sur 1 an.


Quelques autres chiffres de la DARES:

–> Si le chômage de longue durée ( entre 2 et 3 ans ) n’a augmenté que de + 1,9% sur 1 an, le chômage de très longue durée (+ de 3 ans) a lui augmenté de + 23,1% sur 1 an!

–> Une personne sur deux inscrite à Pôle Emploi (exactement 50,6% d’entre elles) ne perçoit AUCUNE INDEMNITÉ!

Le nombre d’offres d’emploi collectées par Pôle Emploi sur un an a baissé de -12,6 % !

Est ce que, pour autant, nous avons fait le tour de la question?

 

Non, bien sûr. Après les chiffres communiqués par la DARES, regardons où sont les autres chômeurs, ceux qui n’apparaissent pas dans les statistiques de Pôle Emploi, ceux qui, bien que radiés n’en demeurent pas moins des Français sans emploi. Et combien sont ils?
Tout d’abord, sur 2 030 000 de foyers percevant le RSA, seuls 728 100 sont inscrits à Pôle Emploi, ce qui nous fait 1 301 900 foyers (avec quelques fois plusieurs chômeurs) bénéficiaires du RSA qui ne travaillent quasiment pas (il faut avoir moins de 400€ par mois pour prétendre bénéficier du RSA).

Ajoutez environ 1 000 000 de bénéficiaires de l’AAH ou d’une pension d’invalidité, qui, malgré les avantages liés à leur statut, ne trouvent pas de travail et ne sont pas inscrits à Pôle emploi.

Ajoutez les jeunes de moins de 25 ans, primo demandeur d’emploi, qui bénéficient de la Sécurité Sociale, mais ne sont pas indemnisés et n’ont pas droit au RSA (aucune raison de s’inscrire à Pôle Emploi).

Ajoutez ceux qui n’apparaissent nulle part car leur conjoint et eux même dépassent le seuil fatidique des 700€ et n’ont droit à rien, pas même le RSA

Ajoutez les retraités qui cherchent un emploi car leur retraite ne couvre pas les charges fixes pour survivre ( loyer, énergie, assurances, voiture, téléphone, eau, nourriture, santé (lunettes, dentiste ..)

Ajoutez les 2 000 000 de travailleurs à temps partiel qui gagnent moins de 820€ par mois (18% des personnes ayant un emploi sont à temps partiel; 15,7% d’entre eux cumulent un ou plusieurs emplois; la moitié déclarent des revenus inférieurs à 820€/mois)

Ajoutez enfin les auto-entrepreneurs, formule qui permet aux « plus débrouillards » de sortir la tête de l’eau, dont 55% gagnent moins de 950€/ mois pour des semaines qui n’ont rien à voir avec les 35h!

Le nombre de sans emploi « cachés », ou « hors statistiques » ainsi que de « travailleurs pauvres », comme les appellent les Américains, est au moins équivalent (très probablement supérieur) au nombre d’inscrits à Pôle Emploi. Cela veut dire que la France, avec ses 10 Millions de personnes en âge de travailler qui ne trouvent pas d’activité ou n’ont pas de revenu (même allocatif) décent ou supérieur au seuil de pauvreté, ne fait pas mieux que ses voisins… Pour un coût de politique sociale plus élevé.

  • Y a t il, en France un problème d’emploi? Indiscutablement. Face aux 10 millions de personnes qui sont en recherche, Pôle Emploi comptait au 30/05/2010 moins de 200 000 (183 073 exactement) offres non satisfaites!!!
  • Le modèle économique et social de traitement du chômage est il plus efficace en France que dans d’autres pays? Visiblement non.

Nous traiterons de ces deux points dans un prochains article.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.