Le boulet « Dexia » fait encore parler de lui !

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

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Depuis quelques jours, plusieurs informations ont remis Dexia à la une de l’actualité. Ce sont essentiellement deux de ces informations que nous retiendrons.

Une importante et une anecdotique.

L’anecdotique, c’est que le gouvernement belge souhaite à tout prix placer Monsieur Karel De Boeck à la tête de la banque moribonde. Il faut dire que ce « grand professionnel » a de l’expérience, c’est lui qui était à la tête de Fortis quand la compagnie a volé en éclats !
C’est là que « grand guignol » et petits esprits mesquins nous jouent une comédie tragi-comique de haut vol. Tragi-comique car si le ridicule de l’histoire devrait nous faire rire, nous ne pouvons oublier que chaque scénette se joue avec l’argent des contribuables belges et français (la « blague » Dexia a coûté la bagatelle d’un milliard d’Euros à la Caisse des Dépôts et Consignation l’an dernier).
Ainsi donc, au regard de leurs brillants résultats (et accessoirement de quelques accusations de conflit d’intérêts entre la coopérative Arco, Dexia et JL Dehaene), Pierre Mariani et Jean-Luc Dehaene (ancien premier ministre belge) ont remis leur mandat à la disposition des États en octobre dernier. La Belgique, au regard du montant des garanties qu’elle a octroyé à l’établissement, exige un CEO belge, laissant la présidence de Dexia à un Français, comme le veut le principe d’alternance du groupe. Jusque là, rien d’exceptionnel… Si ce n’est que Dehaene a fait savoir au gouvernement belge qu’il était hors de question qu’il quitte le navire avant Pierre Mariani… Ce n’est pas parce qu’on a failli qu’on n’a pas sa fierté!
Du coup, Pierre Mariani a rappelé discrètement que son contrat prévoyait qu’en cas de départ avant la fin de son mandat (mai 2013), une prime de 1,2 millions d’Euros devait lui être versée. Il est soutenu dans sa demande par son compère Dehaene. Une revendication difficile à faire passer auprès des actionnaires et du public qui s’étaient déjà offusqués l’an dernier de la rémunération variable du Français (la bagatelle de 600k€).
Si vous ajoutez à ce sac de nœuds que Monsieur De Boeck se sachant soutenu s’avère gourmand en rémunération, que l’Élysée, dans le contexte électoral, ne veut nommer personne pour la présidence et que la CDC verrait bien son poulain Mariani rester aux commandes, vous avez une vue à peu près complète de la pièce. En attendant, qui renfloue la banque en faillite dont les dirigeants sont si bien payés et si bien accrochés à leurs sièges ? Vous, moi, le contribuable belge.

L’autre événement marquant de ces derniers jours concernant Dexia, concerne les manœuvres plus ou moins douteuses qui ont actuellement lieu autour de la problématique du capital.
Rappelons tout d’abord que l’action Dexia est aujourd’hui cotée à 0,18€ (elle se situait à plus de 20€ en 2007!), ce qui représente une valorisation aux alentours de 350M€. Luc Coene, le gouverneur de la Banque centrale de Belgique (BNB) a estimé lundi dernier que la banque, qui bénéficie de garanties publiques belges pour ses besoins de refinancement, aurait sans doute besoin d’être une nouvelle fois recapitalisée. Son argumentation est simple et peut paraître logique : Depuis la décision en fin d’année dernière de démanteler Dexia , les autorités belges ont procédé à la nationalisation des activités de banque de détail en Belgique tandis que la France a décidé de reprendre, via la CDC et la Banque postale, les activités de financement des collectivités locales. Une fois les différentes cessions réalisées, il devrait rester environ 250 milliards d’euros d’actifs dans Dexia. Mais en cas de vente immédiate, on pourrait estimer la perte à 125 milliards… La maturité moyenne de ces actifs étant de 13,5 ans, selon le raisonnement de Monsieur Coene,  « Cela signifie que dans treize ans et demi, il restera encore 125 milliards ». Ces actifs étant composés, pour l’essentiel, de prêts aux collectivités locales ou de financement de projets, la probabilité de leur remboursement est extrêmement grande. L’objectif de Monsieur Coene, en recapitalisant Dexia, est donc de mettre sur pied un système qui permette de porter ces actifs jusqu’à leur échéance.
Le plan déposé par Dexia auprès de la Commission européenne pour démontrer sa viabilité lui semblant reposer sur des hypothèses « assez optimistes », Le Gouverneur de la BNB juge nécessaire une nouvelle augmentation de capital du groupe Dexia. Si tout cela semble parfaitement sain, logique, de bon sens et conforme aux normes comptables, n’oublions pas que nous sommes chez Dexia où le sain et le logique ne sont pas forcément les valeurs qui prédominent. Alors, plutôt que d’assainir par le haut, on chercher un « truc », une pirouette comptable. Voici, d’après nos informations, ce qui se prépare : Mercredi, lors de l’Assemblée Générale, la direction va très probablement soumettre à ses actionnaires une réduction de capital de 4,1 milliards d’euros. Quel intérêt ? Esquiver le Code des sociétés. En effet, l’article 633 dudit code prévoit que les actionnaires doivent délibérer sur l’avenir de l’entreprise si la valeur des capitaux propres est inférieure à la moitié du capital social (synonyme comptable du capital initial).
Or, le rapport annuel 2011 de Dexia SA indique que les capitaux propres s’élèvent désormais à 2,78 milliards d’euros, ce qui dépasse de peu la moitié du capital initial (4,62 milliards).
Voilà pourquoi la direction de Dexia envisage de réemployer la même astuce comptable que l’année dernière, avec l’amortissement de plus de 4 milliards d’euros de pertes cumulées.Bien sûr, cette procédure comptable ne modifiera pas grand chose aux capitaux propres. Si ce n’est qu’en glissant les pertes d’un poste de comptabilité à un autre, le capital social passe de 4,62 milliards d’euros à 500 millions et neutralise artificiellement la sonnette d’alarme du Code des sociétés.

Vous entendrez ainsi mercredi soir ou jeudi la direction de Dexia proclamer haut et fort que Dexia n’a pas besoin de recapitalisation et que « tout va bien »… Madame la Marquise ! Ce n’est pas une raison pour vous précipiter et vous alourdir de titres……

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