Délation aux relents corporatistes chez les hôteliers…

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

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Fidèles à la vieille image du BOF (Beurre Oeufs Fromage) de l’occupation, les hôteliers de l’Umih dénoncent 50 chambres d’hôtes…

Une action nationale

L’umih (Union des métiers de l’industrie hôtelière), principal syndicat hôtelier, a dénoncé 50 établissements de 10 départements différents (Ardèche, Ariège, Dordogne, Bouches du Rhône, Gers, Cher, Gironde, Morbihan, Pas-de-Calais et Pyrénées Orientales) qu’il estime exercer une activité hôtelière illégale.

Comme toujours, quand le foin manque, les chevaux se battent. Voilà que les hôteliers, enfourchant leur costume de parfaits petits délateurs, décident de faire le ménage eux même en assignant une cinquantaine d’établissements en justice. Prétextes invoqués: statut de commerçant non conforme à l’encontre de 25 établissements afin de les contraindre à s’inscrire au registre du commerce, ou encore non respect de la législation qui encadre les chambres d’hôtes à l’encontre de 25 autres assignés au tribunal de commerce pour concurrence déloyale

La paille du voisin plus importante que sa propre poutre…

Le syndicat aurait il décidé de faire le ménage parmi les hôtels minables qui ne respectent ni les normes de  ni les normes d’hygiène ni les normes de confort et qui vous facturent le petit déjeuner pris en salle 300 fois le coût matière à condition de vous le servir vous même et d’accepter de vous installer sur une nappe qui a déjà vu au moins deux clients avant vous ? Non, bien sûr, il s’agit, au contraire, de s’attaquer aux chambres d’hôtes qui auraient le malheur de dépasser, par exemple, le quota de cinq chambres pouvant accueillir quinze personnes dans la maison du propriétaire. Un crime au regard du défenseur des « patentés »! Et tant pis si les chambres y sont confortables, l’accueil agréable et aimable, le petit déjeuner copieux souvent composé de beurre de la ferme voisine et de confitures (quelques fois bizarres) confectionnées par l’hôtesse… L’umih n’a que faire de l’intérêt du client, son seul souci est d’éliminer une concurrence qui est plus active, plus intelligente, plus dynamique (comparez le site de n’importe maison d’hôtes à celui de l‘umih ….)  Selon Roland Héguy, président de l’Umih, « Le commerce illégal dans ce domaine se développe de manière vertigineuse en cette période de crise. »

Le marketing a cinquante ans mais n’a pas encore touché l’Umih

Et voilà, au lieu de se poser la question de savoir pourquoi une part de plus en plus importante de la clientèle (en particulier touristique) se tourne vers autre chose que l’hôtellerie traditionnelle, au lieu d’imaginer proposer une alternative, mener une campagne de sensibilisation de leurs adhérents, imaginer un produit, une formule attractive, bref se bouger le popotin, faire face à la concurrence, nos hôteliers choisissent la voie de la délation et du dirigisme.

Des socialistes aux anges

Jeudi dernier, la ministre chargée du Commerce et du Tourisme, Sylvia Pinel, recevait une délégation du syndicat umih. Elle leur a assuré que « le problème était identifié et le gouvernement a mis en place un groupe de travail sur l’hôtellerie à la fin de l’année dernière». Pour sûr que le gouvernement, avec son idéologie dirigiste, va entendre et recevoir le message avec bonheur. Voilà des « chefs d’entreprises » qui jouent les collabos et mènent une croisade contre des entrepreneurs épris de liberté. Il suffit de se souvenir de la réaction gouvernementale à l’appel corporatiste des artisans à propos des auto-entrepreneurs pour imaginer dans quelle délectation doit se trouver le ministère. Tout cela est pitoyable et il est temps que certains, mus par les vieux réflexes corporatistes, se souviennent que de tels comportements ne font que renforcer la piètre image que le public peut avoir de leur activité. Quand bien même gagneraient ils leurs procédures qu’ils ont d’ores et déjà perdu la confiance d’une part grandissante de leur clientèle potentielle et qu’au bout du compte triompheront ceux qui seront intelligents, c’est à dire qui sauront adapter l’offre à la demande de la clientèle.

Toujours plus loin dans l’ignominie

En attendant, nos collabos délateurs sont bien décidés à ne pas arrêter là leurs forfaits. Ils comptent dénoncer prochainement la vente d’alcool et la restauration clandestine! Nous vivons une époque formidable (qui nous rappelle quand même « les heures les plus sombres de notre histoire »….)!


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5 comments

  • Bonjour,
    vous oubliez de dire que les règles ne sont pas les mêmes entre d’un coté quelqu’un obligé de payer des taxes et des impôts avec en face une totale liberté … alors c’est facile de bien recevoir, d’avoir des nappes propres etc. quand on fait plus de marge que les hôtels …
    Les règles du jeu ne sont pas justes car elles ne sont pas les mêmes pour tout le monde !
    Je suis pour la plus grande liberté des entreprises mais pour donner à chacune les mêmes armes. Ça s’appelle l’égalité, un des principes de notre pays !
    C’est la première fois que je suis déçu par un de vos articles.C’est comme si vous défendiez la retraite à 52 ans pour les fonctionnaires …injuste.
    Cordialement
    YP

    • Bonjour Monsieur Pillonel,

      Votre réaction est caractéristique de la fracture que connait notre pays aujourd’hui. Je suis indigné par une atteinte au principe de liberté, indigné par des méthodes et une action que je considère comme viles et corporatistes, animées de la volonté mesquine de défendre quelques intérêts. Mon indignation vous déçoit au nom… de l’égalité! Cette notion d’égalité qui apparaît chaque jour comme un petit plus coercitive et comme le plus grand frein à tout progrès, qu’il soit social, économique, politique ou culturel.
      Précisons tout de même quelques points. Les revenus des chambres d’hôtes sont soumis à l’impôt (sauf s’ils sont inférieurs à 760€… par an), les recettes sont soumises à TVA au taux afférent à leur catégorie (hébergement, services, restauration, loisirs…), les chambres d’hôtes sont soumises à la CET, sauf décision contraire du conseil municipal, cas relativement fréquent dans les petites communes ne disposant pas d’infrastructure hôtelière et souhaitant développer le tourisme rural. Les propriétaires de chambres d’hôtes paient bien évidemment les taxes foncières et d’habitation inhérentes à leur propriété et proportionnelle à la taille de celle-ci.
      D’autres charges incombent aux professionnels de l’hôtellerie? Qu’ils se battent alors pour les faire réduire ou supprimer! Et s’ils pensent que monter de tout petites unités d’hôtellerie gérées par des gérants non salariés soit rentable, qu’ils le fassent! Hormis le fait que je suis intimement convaincu que le public qui fréquente les chambres d’hôte n’est pas celui qui fréquente les hôtels (je suis moi même usager des deux mode d’hébergement selon le contexte, pro ou loisirs, de passage ou séjournant quelques jours) et que limiter les uns ne fera pas gagner des clients aux autres, aligner l’ensemble d’un marché sur la norme la plus coercitive m’apparaît toujours comme restrictif et non dynamique.
      L’Umih me semble être dans un processus de recherche de bouc-émissaire, pas de recherche de solutions à une inadéquation de l’offre à une demande en pleine mutation et souffrant de la paupérisation générale.

  • Non, les affiliés à l’ UMIH ne doivent pas être traités de délateurs.
    Sinon tous les citoyens qui voudraient porter plainte nommément contre un adversaire qui leur cause un préjudice seraient aussi des délateurs ?

  • Il existe des regles pour les chambres d’hotes comme il en existe pour les hoteliers..Elles sont différentes et la limitation à 5 chambres par exemple constitue une contrainte importante pour les chambres d »hotes, il est donc normal que celles ci ne soient pas soumises à toutes (les trop nombreuses) tracasseries d’un hôtel restaurant. Très bon article, effectivement les hoteliers feraient mieux de se demander ce qui a bien pousser leurs anciens clients vers les chambres d’hotes, qui ne sont pas moins chères. Cela dit, pour les hoteliers comme pour les chambres d’hotes, il y a aujourd’hui plein de règles et de lois en france et quand celles ci ne sont pas respectées par une partie des acteurs, ceux qui sont dans les clous et paient leurs impots sont en droit de râler je pense. De là à vouloir monter les hôteliers contre les chambres d’hôtes, c’est un pas idiot à ne pas franchir

  • Le principe même de délation est insupportable,l’UMIH fait le jeu du gouvernement qui saura se servir au passage,par exemple,pour bien connaitre l’économie parallèle quasi institutionnalisé de locations de vacances en Corse,non déclaré et en liquide qui entrave le développement du tourisme hôtelier en sous capacité et donc de l’emploi,cette rente au noir énorme est aussi une perte sèche pour l’état(mais on peut se dire que pour une fois c’est tant mieux) quelques fois l’envie de délation peut être tentante quand de son coté on est pressuré fiscalement…mais pourquoi aussi se substituer au travail du fisc,dans ce cas de figure ce n’est pas compliqué!
    D’accord sur l’option des hôteliers de se battre pour avoir les mêmes avantages fiscaux que les chambres d’hôtes et non l’inverse!

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