P-DG, une spécificité française!

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

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P-DGLe mythe de « l’homme providentiel » touche aussi nos entreprises dans leur organisation. Ainsi, contrairement au reste du monde qui sépare le « Chairman » du « CEO », les Français concentrent l’intégralité des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, le P-DG.

Le P-DG concentre tous les pouvoirs

Pour les Français, le « Boss », c’est le P-DG. Il est quasi seul maître à bord. Homme omniscient, omnipotent détenteur de tous les pouvoirs, il ne rend de comptes a posteriori qu’au CA… dont il définit les ordres du jour des réunions.

Cette concentration des pouvoirs au sein de l’entreprise est unique au monde.

Pour la séparation des pouvoirs

Il s’agit de deux fonctions parfaitement distinctes que celle de « Président » qui « préside » aux destinés de l’entreprise à travers le Conseil d’Administration et celle de « Directeur Général » qui « dirige », c’est à dire définit les modalité de réalisation exécute les directives du CA.

Rapporté au modèle politique, nous pourrions avoir à faire à un dictateur investi des pleins pouvoirs, exécutifs et législatifs ou, plus prosaïquement, le P-DG à la française ressemble fichtrement au « Président au dessus de la masse », héritier d’une forme symbolique du pouvoir de droit divin qui ne s’embarrasse pas d’un « Président du Conseil » et gère directement les affaires courantes.

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Ce modèle n’existe nulle par ailleurs où les fonctions de « Chairman » (président du CA) et « Chief Executive Officer » (Directeur Général) sont clairement distinctes, séparées. Le CEO n’est théoriquement pas le  pilote de la stratégie. Il est beaucoup plus un réel « Chief Executive » au service de la performance et des résultats qui plaisent aux actionnaires. Il est aussi sur un siège éjectable permanent avec pour contrepartie de sa précarité… un parachute doré.

Nous sommes bien loin de nos P-DG parfois indéboulonnable, même après avoir dépassé l’âge légal de la retraite et qui n’ont n’en pour certains pas moins adopté le « parachute »!

Plus « fun » d’être CEO que P-DG?

Depuis quelques temps, il n’est pas rare de voir des dirigeants français opter pour le titre de CEO.

Nous passerons rapidement sur les comiques start-ups françaises, qui toutes se doivent d’aligner un CEO, un CFO (chief Financial Officer), un CTO (Chief Technology Officer), un CKO (Chief Knowledge officer)…. toute une armée mexicaine le plus souvent à la tête de pas grand chose d’autre que d’une poignée de stagiaires…

Car, n’en déplaise aux « start-upolâtres », la démocratisation du terme CEO chez les dirigeants n’est ni due à la mode start-up, ni un phénomène de mode pour jouer dans la cour des grandes entreprises mondiales.

Au-delà des différences purement sémantiques, ces 2 dénominations, « P-DG et CEO » sont le reflet de cultures d’entreprise radicalement différentes.

Est-ce le signe d’un changement de culture économique ?

Il semble bien que l’enjeu soit là : le terme de CEO est internationalement compréhensible, alors que nos interlocuteurs européens ou étrangers ne savent pas trop ce qui se cache derrière le sigle de P-DG.

Nous l’avons vu plus haut, traditionnellement, en Europe, on sépare le board exécutif (le comex, le codir ou autre qui regroupe les dirigeants et le top management de l’entreprise) du conseil d’administration où sont représentés les actionnaires. Le mélange des genres que représente aux yeux des interlocuteurs étrangers le P-DG ne permet pas de le positionner ni de positionner son interlocuteur.

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Toujours dans l’esprit de ce glissement civilisationnel, le titre de CEO se banalise sous l’effet de la normalisation comptable internationale qui impose progressivement les mêmes fonctionnements aux entreprises. Ce qui est logique et que nous avions dénoncé il y a quelques années lorsque les normes anglo-saxonnes se sont imposées sans que personne ne défende notre logique comptable latine.

C’est aussi un signe de précarisation de la fonction

Que tous ceux qui se vantent de leur titre ronflant de CEO en prennent conscience, le glissement du terme de P-DG vers celui de CEO implique que le dirigeant est là « pour faire du chiffre ».

S’il n’atteint pas les objectifs fixés par les actionnaires, on en trouve un autre. Symboliquement, le P-DG paraît lui plus lié à l’histoire de l’entreprise, installé dans la tradition de l’ancien capitalisme français, ancré sur le long terme, la transmission, l’investissement sur plusieurs générations, alors que le CEO a sans doute une carrière plus volatile (ou « agile ») à l’image que veut se donner l’économie d’aujourd’hui, plus rapide, plus prompte aux retournements.

Le CEO n’est pas forcément là pour durer alors que le P-DG incarne justement le long terme et la continuité. Est-ce que P-DG et CEO nous refont la « querelle entre les anciens et les modernes » ou est ce que nous sommes en train d’observer la disparition des derniers dinosaures?

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