L’Union Européenne face à la crise italienne

renzi démissionne après son référendum ratéComment appelle-t-on lorsque le peuple reprend en mains sa destinée? Populisme? La crise italienne est elle un nouvel épisode de ce « populisme »?

En Italie, la démission de Matteo Renzi après l’échec de son referendum sur ses réformes constitutionnelles ouvre une nouvelle crise interne et une nouvelle période d’incertitude. Et si l’Italie se rebellait contre la politique de maîtrise budgétaire imposée par l’Union? Et si l’Italie donnait le pouvoir au mouvement Cinque Stelle qui veut un referendum sur la sortie de la zone euro?

Qu’il est difficile de réformer une Constitution…

Matteo Renzi voulait supprimer le bicaméralisme en Italie, en réduisant le Sénat à un rôle secondaire et en limitant sa composition à 100 membres. Son projet de réforme est puissamment rejeté. Voilà qui en refroidira plus d’un qui voudrait réaliser une opération de ce genre en France.

On le regrettera, évidemment. Il ne suffit pas de proposer une diminution du nombre d’élus pour remporter un triomphe aux élections. Curieusement, aucun commentateur français n’a relevé le « populisme » de la réforme de Renzi et son échec.

Le chômage plus élevé en Italie qu’en France

Quand Renzi est arrivé au pouvoir, en février 2014, le taux de chômage selon Eurostat avait atteint les 12,7%. Près de trois ans plus tard, il est toujours à 12,4%. Le déficit public est toujours sous les 3%. Entretemps, Matteo Renzi a baissé les impôts. Il a aussi mis en place un plan de relance, dont il demandait (en vain) l’amplification au niveau européen.

Il peut, au passage, remercier François Hollande qui l’a lâché dans toutes les négociations avec Angela Merkel.

Les banques italiennes, grandes perdantes du referendum

Au-delà de Renzi, ce sont les banques italiennes qui perdent le plus dans ce referendum. Ce sont elles qui détiennent les deux tiers des créances douteuses de la zone euro. Autrement dit, elles sont assises sur un baril de poudre, qui pourrait faire exploser l’économie mondiale. Que les Italiens choisissent Cinque Stelle pour succéder à Renzi, qu’un referendum soit organisé sur la sortie de l’Italie hors de la zone euro, voire hors de l’Union Européenne, et plus personne ne pariera un kopek sur la survie de l’économie italienne loin du filet de sécurité apporté par la Banque Centrale Européenne.

La chute des sociaux-démocrates européens

Longtemps, François Hollande s’est appuyé sur les sociaux-démocrates européens, et singulièrement sur l’Italie, pour essayer de contrecarrer les visées politiques d’Angela Merkel. Avec le départ de Renzi et sa propre débâcle électorale, Hollande a non seulement creusé la tombe du socialisme français, mais aussi celle du socialisme européen. En Italie comme en France, ce socialisme réaliste qui ménage la chèvre budgétaire et le chou social subit une cuisante défaite.

L’Europe de crise en crise

Après le Brexit, rien n’exclut donc que l’Europe ne connaisse une crise de grande ampleur, liée à une rupture avec l’Italie. Les dégâts seraient beaucoup plus fâcheux cette fois, puisque l’Italie fait partie des pays fondateurs de l’Union. Même si cette éventualité est loin de se réaliser, on constatera que la réforme institutionnelle de Renzi rejetée par referendum visait à limiter l’instabilité gouvernementale. C’est manifestement raté…

Une année en plein roulis pour l’Union

Le départ de Renzi lance officiellement le départ d’une année très compliquée pour l’Union (encore plus compliquée que les années précédentes). Aujourd’hui, Manuel Valls démissionne et cède la place à un gouvernement de transition. En janvier, l’arrivée de Trump à la Maison Blanche risque de provoquer quelques importants remous. En mars, la Grande-Bretagne lancera officiellement le Brexit. En mai, les élections en France apporteront leur lot d’incertitudes, suivies de législatives qui pourraient ne pas être calmes. En septembre, Angela Merkel sera confrontée aux urnes.

Plus que jamais, l’incertitude domine le monde.

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