Les pires rats ne sont pas forcément ceux qu’on voit

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Économiste de formation, je partage mon temps entre la gestion de US Equity Premium, un fonds d’investissement spécialisé sur les actions américaines chez DTAM, la recherche (principalement la théorie de valorisation, l’hypothèse d’efficience des marchés et la théorie dite autrichienne du cycle) et la publication d’articles. Les opinions et analyses proposées sur ce blog sont strictement personnelles, ne saurait engager la responsabilité de DTAM et ne sont en aucune manière des recommandations d’achat ou de vente d’instruments financiers.

Les dégâts du syndicalisme à la française peuvent sentir très mauvais et porter atteint à la santé, au sens propre comme au figuré

Sur Causeur, Jean-Paul Brighelli, se plaint de la prolifération des rats à Marseille. Fort bien, mais allons jusqu’au bout.
S’il y a des rats, si nos rues sont si sales, c’est parce que les ordures jonchent les trottoirs et si les ordures prolifèrent, c’est parce que les camions-bennes qui sont supposés les ramasser ne le font pas. C’est le fameux fini-parti, maintes fois dénoncé, notamment par la Cours des comptes, qui permet à nos sympathiques « agents de surface » de rentrer chez eux quand ils estiment avoir accompli leur tâche. En pratique, cela signifie qu’ils ne ramassent qu’une poubelle sur deux – quand ils ne sont pas en grève, bien sûr – et bouclent leurs tournées en 3h30 au lieu des 7h00 sur la base desquelles ils sont payés (chiffre de la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur pour 2007).

Saviez-vous que la Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) dont s’acquittent les marseillais est la plus élevée de France ? En 2011, à Lyon, s’était 70 euros la tonne par habitant tandis qu’à Marseille c’était 149 euros ; 5 euros de plus qu’à Paris ; plus du triple de ce que payaient les brestois.

L’origine de cette peste, c’est le système Defferre. Né en 1953 lorsque « gastounet », qui n’aimait pas les communistes de la CGT, a donné les clés de la ville à la toute nouvelle CGT-FO, Force Ouvrière, le syndicat majoritaire qui fait la pluie et le beau temps à Marseille.

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Ce ne sont pas les rongeurs qui coulent la ville ; c’est une toute autre espèce de nuisibles qui a pris le pouvoir à tel point que Gaudin, comme Vigouroux avant lui, n’imaginent même pas les défier et que les frères Guérini en ont fait les chevilles ouvrières de leurs petits systèmes. Voilà les véritables rats ! Ils se cachent encore moins que les rongeurs ; ils défilent même régulièrement au grand jour en chantant l’hymne de la justice sociale et de l’intérêt général.

Pour mémoire, en France et en 2012, le salaire horaire médian était de 11,05 euros nets et, à partir de 21,88 euros, vous comptiez au nombre des 10% des salariés les mieux payés.

Selon Louis, éboueur à Marseille interrogé par rue89 le 10 décembre 2012, son salaire net mensuel atteint 1 278 euros (1 660 bruts) auquel s’ajoutent 459 euros nets de primes diverses ; soit un total de 1 737 euros nets si l’on omet de compter les divers petits avantages que confère le fait de travailler pour la ville comme la carte bus-tramway-métro à prix cassé (1,65 euros / mois contre un peu plus de 36 euros pour le commun des mortels) ou la mutuelle des municipaux (63 euros / mois). Bref, 1 737 euros nets pour une journée de travail de 7 heures (35 heures par semaine ou 151,6 heures par mois), ça fait un salaire horaire d’environ 11,46 euros nets ce qui place Louis au-dessus du salaire médian.

Seulement voilà, toujours selon Louis, il ne travaille pas 7 heures par jour mais plutôt 4h30-5 heures. Fort bien, comptons généreusement 5 heures par jour soit 108,3 heures par mois et nous voilà avec un salaire horaire de d’ordre de 16 euros nets – c’est-à-dire 45% de mieux que le salarié médian.

Sauf que s’il travaille vraiment 5 heures par jours, Louis est un modèle de vertu. Lorsque, en novembre 2004, la chambre régionale des comptes a cherché à mesurer le temps de travail effectif des éboueurs marseillais, elle l’évaluait plutôt à 3h30 en moyenne. En septembre 2011, ce sont les élus d’Europe Écologie les Verts qui s’y sont collés et leur verdict était encore plus sévère : selon eux, ce serait plutôt de deux à trois heures de travail par jour et pas une seconde de plus.

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Or, si l’on en juge par la saleté de nos rues et le montant de la Taxe d’enlèvement des ordures ménagères que nous payons (la plus élevée de France, je le rappelle), la situation n’a pas évolué ; en tout cas pas dans le bon sens. Démonstration.

En voilà deux qui, sans savoir qu’ils sont filmés, bouclent leur tournée en 2 heures chrono après avoir consciencieusement salopé le travail :

En voilà deux autres qui, sachant qu’ils sont filmés, poussent effectivement jusqu’à 5h : pour une tournée qui est supposée commencer à 5h30 et se terminer à 12h30, ils finissent fièrement à 10h30… heure à laquelle leurs petits camarades ont déjà plié les gaules depuis un moment.

Bref, pour une fois, on a tout de même furieusement envie de croire EÉLV. Or, en comptant 3 heures de travail quotidien soit 65 heures de travail par mois, le salaire horaire net de nos joyeux drilles passe à 26,72 euros. C’est 2,4 fois le salaire médian et ça permet à Louis et un certain nombre de ses collègues de faire partie haut la main des 10% des salariés les mieux payés de France.

Bien sûr, vous me direz qu’à plus de cinquante ans, Louis bénéficie de son ancienneté et qu’il touche la prime réservée aux conducteurs de bennes. C’est juste. Selon Louis, ses collègues gagnent en moyenne 1 520 euros nets. À raison de trois heures de travail par jour, ça fait un salaire horaire de 23,38 euros nets, c’est-à-dire 3,2 fois le Smic, plus de 2 fois le salaire médian et largement assez pour se classer dans le top 10% des salariés les mieux payés de France.

Pour finir, l’usage du conditionnel en ce qui concerne les gâches a de quoi faire sourire. Il va de soi que 1 520 euros par mois, ce n’est pas Byzance et que lorsqu’on ne travaille que de 5h30 à 8h30 (ou de 21h00 à 24h00 pour les tournées du soir), on a largement le temps d’améliorer l’ordinaire à l’abris du regard de l’administration fiscale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que lorsque Louis et ses collègues paient leur cotisation à Force ouvrière, ils ont d’excellentes raisons de le faire.

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One thought on “Les pires rats ne sont pas forcément ceux qu’on voit

  • Sans defendre les uns et les autres, ni compter sur differentes corruptions, pour que cela puisse etre possible il faut que les DEUX cotés soient d’accord, c’est a dire l’etat a travers la ville et les travailleurs a travers les syndicats.

    Il y a longtemps que dans ce domaine, comme dans d’autres de plus en plus etendus, l’etat de droit a disparu, les uns achetant la « paix sociales » a travers le financement direct ou indirect de mafias.

    Par dessus tout cela se greffent les interets particuliers, la morale de droite et de gauche sur les immigres et leur image forte dans cette activité, et les petites prebendes des multiples acteurs mineurs du domaine… sans oublier les « grandes entreprises » (comme celles qui fournissent le materiel, s’occupent de l’elimination de la collecte, et produisent des residus que la legalité leur ferait payer plus cher) tous aussi pourris les uns que les autres.

    Et ce n’est ni le parti socialise devenu parti social democrate ou la droite affairiste qui vont changer cela.

    Accuser les syndicats est une erreur et vous le savez bien, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, accusez plutôt les hommes et leurs reseaux dont, je viens de vous le dire, les pires ne sont pas, comme pour les rats, ceux qui semblent au dessus de tout soupçon!

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