La corruption va toujours de paire avec le totalitarisme

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Homme blanc, Breton, catholique et hétérosexuel. Accessoirement économiste et Conseiller auprès de chefs d'entreprises. Créateur (entre autres) du site d'information économique MaVieMonArgent.info, du site d'observation de la corruption tous-pourris.fr et de quelques autres...

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La Turquie islamiste ne fait pas exception à la règle qui veut que seule la démocratie puisse limiter le pouvoir de la corruption…

La tourmente ne faiblit pas en Turquie. Hasan Hami Yildirim, un nouveau député du parti islamo-conservateur au pouvoir, l’AKP, a démissionné de son mouvement mardi soir, dénonçant les pressions sur la justice et la police qui «  ne peuvent pas être considérées comme légitimes dans un Etat de droit ». Un procureur a, en effet, révélé la semaine dernière que la police judiciaire, aux ordres de son ministre de tutelle, avait refusé d’exécuter les mandats d’arrêt qu’il avait délivrés contre une trentaine d’hommes d’affaires et d’élus.

Depuis qu’un scandale de corruption visant des hommes d’affaires proches de l’AKP (parti islamiste au pouvoir en Turquie depuis 2003) accusés de fraudes lors de marchés publics a éclaté, le gouvernement a purgé la haute hiérarchie policière de plusieurs dizaines de hauts gradés. Accusé de couvrir une corruption généralisée, le Premier ministre Recep Erdogan ne compte visiblement pas céder un pouce de terrain. Il a dénoncé lundi les enquêtes en cours comme une « conspiration criminelle », tandis que son vice-Premier ministre en charge de l’Economie fustigeait mardi à la télévision un « mini-coup d’Etat » mené par une justice aux ordres d’une institution souterraine.

Rappelons que la Turquie, dont on vantait il y a quelques années le système démocratique et le régime laïc de séparation des pouvoirs datant de l’ère kémaliste, a viré complètement de bord depuis quelques années, s’enfonçant toujours un petit peu plus dans l’islamisme radical. C’est Erdogan, alors dans l’opposition, qui avait déclaré en 1998 à propos de l’Europe, « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats », reprenant à son compte les velléités expansionnistes ottomanes. C’est ce discours qui, largement diffusé, avait permis, quelques années, après d’interdire les minarets dans la confédération helvétique.

Après une sévère épuration de l’armée, menée en accord avec l’allié protecteur américain, ayant permis d’éliminer les officiers supérieurs fidèles aux traditions laïques (permettant ensuite un changement d’attitude à l’égard d’Israël), après une limitation et une épuration de l’autorité judiciaire, l’islamisation de la société s’est mise en marche tranquillement.

Comme il se doit, toute régime totalitaire, a fortiori idéologique, est dépourvu de liberté d’expression et d’information et le pouvoir politique a tendance à supplanter les prérogatives du pouvoir judiciaire. C’est exactement ce qui s’est passé dans la Turquie islamiste de Monsieur Erdogan où la corruption et le népotisme ont vite fait (en moins de 10 ans) de supplanter l’Etat de droit.

Bras de fer entre Erdogan et les défenseurs de l’État de droit…

Le gouvernement, remanié en urgence la semaine dernière après la démission de trois ministres impliqués, dont celui de l’Economie, a promis de faire… «  tout ce qui est nécessaire » contre des juges «  outrepassant leurs pouvoirs »! Rhétorique classique du despote qui se retrouve en face d’un pouvoir judiciaire indépendant dont au moins une partie des membres semble prête à faire son travail d’investigation. La fondation Gülen s’est dite «  très inquiète » des tendances autoritaires de Recep Erdogan.

Ce bras de fer, et ce qu’il révèle des pratiques du régime en matière d’affairisme et de respect de la séparation des pouvoirs, inquiète les milieux d’affaires turcs. L’économie turque, très tributaire des investissements étrangers, a connu des taux de croissance de 8 % en 2010 et 2011, mais a ralenti à 2 % en 2013. Une dérive despotique affirmée pourrait valoir à Ankara une mise au ban de la communauté internationale très préjudiciable à son économie. Les projets et les espoirs d’entrée au sein de l’UE s’éloignent avec cette affaire.

Pour le moment, des opposants se rassemblent quotidiennement pour réclamer la démission du gouvernement. L’un d’entre eux a été arrêté pour avoir brandi une boîte à chaussures vide au passage d’un dirigeant, en allusion à celle contenant 4,5 millions de dollars de pots-de-vin trouvés lors d’une perquisition.

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4 comments

  • … ben si, et on continue pour qu’ils puissent rentrer dans l’UE… contre l’avis de la majorité des pays.

    D’ailleurs Sarkozy, ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux, a supprimé le referendum obligatoire pour tout nouvel entrant que Chirac, et c’etait ce qu’il avait probablement fait de mieux dans ce domaine, avait rendu obligatoire.

  • Je crois que c’est « de pair » qu’il faut écrire, si je puis me permettre. En quoi est-ce que la démocratie peut empêcher la corruption ? Ce ne sont pourtant pas les exemples de corruption qui manquent en Europe et ailleurs, où a priori il n’y a plus de régimes totalitaires, du moins en apparence… Car le propre de la démocratie, à l’inverse du Démon, c’est de faire croire qu’elle existe, alors qu’elle n’est qu’une utopie construite de toutes pièces par ceux qui en tirent les ficelles et se sucrent au passage. Pour ce qui est de la Turquie, on nous a rabattu les oreilles avec l’incompatibilité de ce pays avec l’Europe (Sarkozy pour ne pas le nommer), alors que dans le même temps l’Union Européenne lui versait (et lui verse toujours) annuellement l’argent de nos impôts pour converger vers les critères de Maastricht. Qu’ont fait les Grecs avec ce même argent ? La corruption vient essentiellement de la démocratie selon moi, car elle attire vers le pouvoir des hommes (et des femmes) sans scrupules qui savent pertinemment que lorsqu’on a le pouvoir, on obtient tout l’argent qu’on veut.
    Ce qui manque à chaque fois, ce sont des références morales et de vraies sanctions, exemplaires et dissuasives.

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