Difficiles relations entre la droite française et les chefs d’entreprises

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DEA d'histoire - ENA - Passé par la FFSA, le MEDEF, administrateur de l’ACOSS, de la CNAV, de l’UNEDIC, de Pole Emploi, de l’AGIRC, de l’ARRCO, président de l’APEC, mais aussi trésorier de l’OPCA de l’assurance, administrateur de B2V etc etc.... Auteur de "Jusqu’ici tout va bien"; "Au coeur du MEDEF"; "Faut-il quitter la France?"

la droite n'est pas plus entrepreneuriale que la gaucheTout réside en ce que les entrepreneurs attendent d’un candidat de droite…

Un candidat de droite est-il forcément soutenu par les entrepreneurs? C’est ce que beaucoup croient, mais la réalité est beaucoup plus nuancée et complexe que les apparences ne le suggèrent. La campagne qui s’ouvre à droite devrait le montrer une fois de plus.

Un candidat de droite n’est pas un candidat de l’entreprise

Combien de « grands élus » de la droite ont-ils déjà mis les pieds dans une entreprise? Il suffit de regarder le casting de la primaire (les sept candidats initiaux, en l’occurrence), pour comprendre que la droite pratique à peine plus que la gauche le recrutement de ses notables dans le secteur privé.

La primaire de la droite comptait quatre hauts fonctionnaires dans ses rangs: Alain Juppé, bien sûr, qui fut inspecteur général des finances… Bruno Le Maire était diplomate. Jean-François Copé était administrateur de la Caisse des Dépôts et Nathalie Kosciusko-Morizet a intégré le ministère des Finances à sa sortie de l’Ecole Polytechnique.

Contrairement aux légendes urbaines, on ne dira pas forcément beaucoup mieux de François Fillon et de Nicolas Sarkozy. Tous deux ont commencé leur carrière politique dès la fin de leurs études, et la politique a constitué l’essentiel de leur occupation. Aucun des deux ne peut se revendiquer d’une expérience concrète de chef d’entreprise, d’employeur, qui affronte les URSSAF pour ses salariés et doit mettre en oeuvre l’épaisse couche de réglementation concoctée année après année par le Parlement et l’administration.

Seul Jean-Frédéric Poisson a tâté de la vie de directeur des ressources humaines (dans la métallurgie), ce qui ne suffit d’ailleurs pas à faire comprendre ce qu’est réellement une entreprise.

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Autrement dit, la droite ne peut se revendiquer d’une proximité naturelle avec le monde de l’entreprise. Cela ne signifie pas que les candidats de droite n’entendent pas les problématiques des entrepreneurs et des employeurs. Mais elles leur sont beaucoup moins familières que les problématiques publiques, beaucoup moins vécues…

Le candidat de droite face au RSI

Un bel exemple de cet éloignement de la droite face aux problématiques des chefs d’entreprise est celui du régime social des indépendants (RSI). Le RSI constitue une torture épouvantable pour les entrepreneurs et même, en soi, un plaidoyer contre l’entreprise. Même si les médias subventionnés n’en parlent pas beaucoup, la contre-performance de ce régime unique imposé aux entrepreneurs est un scandale absolu:


Des entrepreneurs marchent contre le régime… par francetvinfo

Sur le RSI, pourtant, aucun candidat ne fait le choix de rompre avec la logique d’un régime unique, prêt à être rattaché au régime général, telle que les conseillers d’Etat Bas et Dutreil (soutien de Macron aujourd’hui) alors ministres de la droite l’avaient conçu.

Eh oui! faut-il rappeler que la torture quotidienne infligée aux entrepreneurs dans ce pays vient de la droite et non de la gauche? D’une droite élitiste, technocratique, qui se considère comme la dépositaire naturelle du pouvoir?

Le RSI et les programmes

Ni Alain Juppé ni François Fillon ne formulent d’ailleurs des propositions satisfaisantes sur le RSI.

Alain Juppé a, c’est vrai, le programme le plus délirant sur le sujet:

Mettre fin aux dysfonctionnements inadmissibles du RSI. (…)

Accompagner l’essor du travail indépendant en laissant notamment le choix entre l’affiliation au RSI ou au régime général aux assurés au fur et à mesure de leur parcours professionnel.

Mais, ce que nous voulons, Alain, ce n’est pas choisir entre le pire et le plus pire. Ce qu’on veut, c’est la libre concurrence entre le RSI et les régimes privés. Nuance!

François Fillon a mieux pris en compte la question, puisqu’il propose un régime socle commun, avec des possibilités de supplément au-delà. C’est un début, mais comme j’ai eu l’occasion de le dire à son équipe de campagne, il faut aller au-delà en supprimant le monopole du RSI. Malheureusement, cette proposition a beaucoup de mal à émerger…

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Pourquoi les vrais problèmes des entrepreneurs sont bloqués

Dans le cas de Fillon et des entrepreneurs, le blocage des problématiques s’expliquent assez simplement. Si Fillon est accessible au problème, il est entouré par un certaines de technocrates qui sont bien décidés à ne pas « casser l’outil ». Je me suis diverti, d’ailleurs, en écoutant les récits de son entourage: avant même toute élection, les entrepreneurs qui entourent Fillon (et il y en a…) ont appris à contourner ces quelques « technos » persuadés de tout savoir de la vie et bien décidés à freiner les espérances de réforme.

Si Fillon est élu, ce qui est probable, son défi, pour rencontrer les entrepreneurs et libérer l’entreprise en France, sera bien de ne pas se laisser embobiner par ces faiseurs de l’aristocratie, qui considèrent que le peuple est à leur service, et non l’inverse. Je ne résiste pas ici à l’envie de rappeler comment Patrice Leconte, dans le film Ridicule, a très bien décrit l’état d’esprit dominant dans la haute fonction publique contemporaine et ses essaimages auprès des candidats:

Le candidat ne fait pas tout… son entourage compte aussi

Il existe donc une terrible réalité dans la démocratie! le candidat peut être le plus valeureux du monde, s’il est mal entouré, son programme est réduit à néant et ses espérances de réforme sont nulles ou presque. Toute la difficulté du pouvoir est bien là. La machine à décider est complexe. Les gens capables de la faire fonctionner son généralement faits du même bois: ce sont des hauts fonctionnaires pétris d’étatisme et naturellement éloignés de la prise de risque.

Pour un Président de la République, toute la difficulté est contenue ici.

Pour les entrepreneurs, cette difficulté est un véritable pic himalayen, dont il n’est pas sûr qu’il puisse encore être franchi…

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