BNS, est-elle au bord du gouffre?

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Stéphane Montabert est Français d'origine. Installé depuis 1988 en Suisse, citoyen suisse depuis 2009, il est membre du Conseil Communal de Renens, élu UDC. Stéphane Montabert apporte à MaVieMonArgent un regard, souvent décalé et toujours pertinent, débarrassé des scories de l'ambiance franco-française sur notre propre actualité ou l'actualité européenne.

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BNSPlus gros détenteur d’action Facebook, la BNS est aussi en possession d’un volume toujours croissant et catégoriquement astronomique d’actions américaines

Combien de temps la BNS compte-t-elle imprimer des billets et acheter des actions avec sans que personne ne se rende compte de rien?

Et lorsque ce moment survient, que se passe-t-il?

C’est avec ces questions en tête que je reçus, comme beaucoup d’autres je pense, la nouvelle selon laquelle la BNS était désormais dépositaire de plus d’actions Facebook que Mark Zuckerberg.

Dans ces moments de doute où Facebook est dans la tourmente – non pour avoir vendu des données, ce qui est son fonds de commerce depuis le premier jour, mais pour avoir vendu des données au bénéfice de la campagne de Trump, ce qui mérite l’enfer(1) – la nouvelle est prise par le petit bout de la lorgnette:

Mark Zuckerberg a eu le nez creux en vendant de gros paquets d’actions de Facebook dans les trois mois précédant l’éclatement du scandale Cambridge Analytica qui a fait plonger le cours. Avec comme conséquence que la Banque Nationale Suisse (BNS) détient désormais plus d’actions que le fondateur du réseau social, relève la HandelsZeitung.
La banque centrale helvétique détient à la fin mars un peu plus de 8,93 millions de valeurs contre 8,91 millions pour Mark Zuckerberg. La BNS est encore loin des principaux actionnaires du réseau social et elle n’a aucune chance de prendre le contrôle du groupe.
En effet, la BNS détient des titres de classe A, qui donnent droit à un vote et au versement d’un dividende. Mark Zuckerberg garde le contrôle de Facebook grâce à ses actions de classe B, qui lui accordent dix voix pour chaque valeur en sa possession. Ces titres ne sont pas cotés et sont détenus en majorité par le fondateur de Facebook ainsi que sa direction et ses employés.

Il faut probablement avoir suivi de longues études de journalisme pour parvenir à ne pas comprendre les faits qui s’étalent ainsi devant nos yeux. Encore pire, lesdits faits sont rassemblés en fin d’article par le pigiste de service pour donner un peu de « contexte »:

Quant à la valeur de la participation détenue par la BNS, elle s’est ressentie des soubresauts du cours sur les marchés puisque sa valeur s’est contractée de 147 millions de dollars. Pas de quoi inquiéter les responsables des investissements de la banque centrale, puisqu’elle détient près de 62 milliards en actions américaines dans environ 2600 entreprises.

On a heurté un petit iceberg, les gars, mais pas de quoi paniquer, ce navire est insubmersible!
N’ayant pas fait de longues études de journalisme, je vais prendre le problème autrement. Comment se fait-il que la BNS possède 8,93 millions d’actions Facebook, pour commencer? Et 62 milliards en actions américaines dans environ 2600 entreprises américaines, pour continuer? Et, au fait, d’où sort cet argent?

Quand la BNS est saisie par la fièvre acheteuse

Comprendre ce qui se trame derrière ce petit article anodin mérite de l’être, car il dessine un avant-goût de tout ce qui va se passer en Suisse dans les prochaines années, et qui affectera pour toujours le destin financier de notre pays.
Abordant enfin le sujet suivant l’angle de la BNS plutôt que de Facebook, la RTS présente d’intéressantes infographies pour décrire comment elle détient plus de 54 milliards de dollars d’actions américaines. Malheureusement, le journaliste s’embourbe ensuite dans des polémiques stériles sur le fait que la BNS possède des actions Monsanto ou de sociétés d’armement. Cela peut sans doute donner du grain à moudre à certains, et grand bien leur fasse, mais le problème principal n’est pas là, et vous allez vite comprendre que les actions Monsanto ou autres seront bientôt le cadet de nos soucis.
Revenons à la courbe:
NBS graphique
Évolution de la valeur et du nombre des actions BNS au cours du temps
Quelques remarques s’imposent.

  • La sympathique hausse de la courbe représente la valeur de toutes les actions détenues, mais le nombre d’actions détenues par la BNS augmente lui aussi au fil du temps. Autrement dit, si la courbe monte, c’est en partie parce que les actions valent plus, mais aussi parce que la BNS achète de plus en plus d’actions.
  • La courbe ne présente que la période 2013-2016. Donc depuis deux ans, on ne sait pas ce qui se passe (je vous gâche la surprise: la BNS achète toujours plus).
  • Les valeurs indiquées ne montrent que les actions américaines.
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En devenant un des plus gros acteurs financier du marché boursier américain, la BNS a dû se soumettre à des obligations de la SEC, le gendarme des marchés boursier, notamment des obligations de transparence, d’où la publication de données qui font la joie de ceux qui les mettent en page.
Mais une question vous brûle sans doute la langue à ce stade: avec quel argent la BNS peut-elle acheter ces incroyables fortunes d’actions américaines hors de prix, dans des milliers de sociétés d’outre-Atlantique?

La réponse est évidente: de l’argent sorti de nulle part. Des francs suisses créés ex-nihilo. La planche à billets, en somme.

Le pourquoi et le comment de cette situation

Il faut déconstruire le problème pour comprendre comment il est apparu, et vers quoi il nous mène.

La BNS est devenu un des plus grands boursicoteurs du monde. Elle crée des milliards de francs suisses à foison et les emploie pour acheter des actions sur plusieurs bourses. Et encore, le terme de boursicoteur est trop flatteur: un boursicoteur essaye d’acheter et de vendre dans l’idée de générer un profit. La BNS, elle, achète et ne vend rien, et ne vise pas le profit.

Elle s’affranchit d’autant plus librement de cet objectif qu’à l’inverse d’une banque privée, elle n’a aucun impératif de gestion ni de rendement. Grâce en soient rendus à tous ceux qui ont souhaité une banque centrale « indépendante » (ce que la BNS n’est pas, nous y reviendrons) les directeurs de la BNS agissent en toute impunité. La BNS fait ce qu’elle veut.
Bien entendu, personne ne dira cela officiellement. Officiellement, on vous dira que la BNS agit dans le cadre de son mandat – « se laisser guider par l’intérêt général du pays et donner la priorité à la stabilité des prix en tenant compte de l’évolution de la conjoncture. » Ce salmigondis mandat est tellement flou qu’il lui permet dans les faits de faire absolument n’importe quoi! Qui pourrait prouver que l’achat de milliards de dollars d’actions américaines n’est pas dans l’intérêt général du pays? Après tout, la Suisse commerce avec les États-Unis, donc si l’économie américaine va bien, celle de la Suisse ira bien aussi. CQFD.
Le raisonnement est parfait parce qu’il ne souffre d’aucune limite. On peut étendre le raisonnement à toute économie de la planète, de la Nouvelle-Zélande au Yémen. On peut étendre le raisonnement à n’importe quel montant en milliards. Et il n’y a pas de remise en question possible ni de délai dans le temps à respecter, parce que « l’intérêt général » est absolument impossible à mesurer.

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Les socialistes adeptes de « la finance qui profite à tous » seront aux anges.

Pourquoi agir ainsi? À mon avis, c’est pour des raisons politiques.

Entre 2011 et 2015, la BNS arrima le franc suisse à l’euro – et nulle autre monnaie – avant d’y renoncer tout aussi abruptement. Mais elle ne revint pas à la raison pour autant. L’abandon du peg lui donna les coudées franches pour accomplir sa « mission » aussi librement que possible, sans rendre de compte à quiconque. Pendant un certain temps elle acheta en masse des devises étrangères. Depuis, elle emploie cette liberté à créer de la monnaie et acheter des actions avec, partout et à n’importe quel prix, pour soutenir les cours des grandes bourses mondiales.

Il faut être d’une indécrottable naïveté pour croire que la BNS agisse ainsi dans l’intérêt de la Suisse, évidemment.

En réalité, la Banque Centrale Européenne, la FED et la BNS sont dirigées par la même coterie de banquiers internationaux eux-mêmes de mèche avec l’élite politico-financière occidentale ; leur objectif à tous est que le système tienne le plus longtemps possible, et d’en profiter. La BNS est un atout de choix dans leur stratégie: c’est sans doute la Banque Centrale qui agit le plus librement vis-à-vis de ses autorités politiques de tutelle.
Mais les manipulations touchent à leur fin.

Quand le gouffre se profile…

Les choses vont devenir nettement moins amusantes lorsque la bourse américaine baissera. Il est possible que pendant un certain temps la BNS elle-même parvienne à maintenir les apparences, mais les difficultés sont clairement devant nous.

Que se passerait-il si la BNS vendait? Elle provoquerait l’effondrement des cours. Elle ne peut pas vendre (et n’en a aucune envie).

Que se passera-t-il lorsque les cours baisseront malgré toutes les tentatives de la BNS pour colmater les brèches? Le bilan de la banque s’écroulera, creusant un trou en milliards, un trou que rien ni personne ne parviendra à combler.

Il est possible – il est certain – que tous les fonds propres de la BNS y passeront. La BNS aura le triste privilège d’être une banque centrale avec des fonds propres négatifs. La BNS est une société de droit privé ; une société de droit privé doit alors reconstituer son capital par un apport des actionnaires (les Cantons, qui devraient chacun débourser quelques milliards au débotté), faire suffisamment de profit pour ressortir la tête de l’eau (impossible dans un marché baissier), ou être liquidée (un scénario à écrire mais qui coûtera probablement, au minimum, toutes les réserves d’or encore possédées par la Suisse).

Face à cette singularité, toutes les conséquences sont possibles, y compris les pires, mais dans tous les cas, la crédibilité financière du pays sera en miettes, et il est probable qu’il en sorte ruiné.

Aujourd’hui, la BNS a placé en action sur les marchés financiers américains près de 12’000 dollars par habitant de notre pays, sans débat ni vote populaire, et les marchés entrent dans une zone de turbulences.

Tout va très bien se passer.

(1) Pour l’anecdote, Facebook avait été un outil essentiel de mobilisation de la campagne Obama en 2012, mais comme c’était pour le camp du Bien, aucun problème.

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One thought on “BNS, est-elle au bord du gouffre?

  • J’ai rarement lu un concentré d’inepties pareilles ! Vous devriez commencer par lire un livre d’économie politique pour essayer de comprendre les principes de l’économie politique et d’assimiler la mission d’une banque nationale. Vous confondez des notions de base de comptabilité d’un bilan d’une banque nationale, sa mission, etc.
    Votre tirade est digne de votre parti politique, mais contrairement à M. Blocher votre carrière académique a dû s’arrêter abruptement après l’école primaire = CM2 pour vous en tant que français.

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